29 mai 2026
Fiscalité, Juridique
Vous achetez ou cédez un fonds de commerce en CHR ? La loi de simplification de la vie économique du 26 mai 2026 modifie en profondeur les règles du bail commercial. Loyer mensualisé, dépôt de garantie plafonné, indexation mieux encadrée : voici, point par point, ce qui change concrètement pour les exploitants de restaurants, brasseries, bars, hôtels, pizzerias et débits de tabac.

Promulguée le 26 mai 2026, la loi de simplification de la vie économique (loi n° 2026-403) réécrit plusieurs articles clés du Code de commerce relatifs au bail commercial. Son objectif affiché : alléger les contraintes de trésorerie qui pèsent sur les commerçants et rééquilibrer la relation entre bailleurs et preneurs.
Pour le secteur des cafés-hôtels-restaurants (CHR), où le poids du loyer dans le compte d’exploitation est souvent déterminant, ces nouvelles règles ne sont pas anecdotiques. Elles concernent directement toute activité de commerce de détail, de gros, ou de prestation de service à caractère commercial ou artisanal — ce qui englobe l’immense majorité des fonds de commerce CHR.
Quatre mesures structurent cette réforme : la mensualisation du loyer, l’encadrement de l’indexation, le plafonnement du dépôt de garantie et l’instauration d’un délai de restitution. Décryptage.
C’est sans doute la mesure la plus attendue par les exploitants. Jusqu’ici, la plupart des baux commerciaux imposaient un paiement trimestriel du loyer, payable d’avance — une logique lourde pour la trésorerie d’un restaurant ou d’un hôtel qui encaisse, lui, ses recettes au quotidien.
La loi crée un véritable droit à la mensualisation. Le locataire peut désormais exiger de régler son loyer mois par mois, par simple demande, sans avoir à renégocier son bail ni à obtenir l’accord du bailleur. Le passage au paiement mensuel prend effet dès l’échéance de loyer suivante.
Deux conditions à retenir :
– l’exploitant doit être à jour de ses paiements : aucun arriéré de loyer ou de charges ne doit subsister ;
– les sommes dues ne doivent pas faire l’objet d’une contestation préalable.
À qui s’applique cette mesure ? Aux baux en cours d’exécution au 26 mai 2026 comme aux baux nouvellement conclus ou renouvelés. Concrètement, un restaurateur déjà installé peut en bénéficier immédiatement, sans attendre le renouvellement de son bail.
La plupart des baux commerciaux prévoient une clause d’indexation, qui fait évoluer le loyer chaque année en fonction de l’indice des loyers commerciaux (ILC) publié par l’INSEE. Le problème : en période de forte inflation, cette mécanique peut faire grimper le loyer dans des proportions difficilement supportables pour un commerce.
La loi autorise désormais l’insertion d’une clause dite « tunnel ». Son principe est simple : elle encadre la variation annuelle de l’indice dans les mêmes proportions à la hausse comme à la baisse. Autrement dit, si le loyer ne peut augmenter au-delà d’un certain plafond une année donnée, il ne pourra pas non plus diminuer au-delà du même seuil. L’exploitant gagne en visibilité et en sécurité budgétaire.
À qui s’applique cette mesure ? Uniquement aux baux nouvellement conclus ou renouvelés après le 26 mai 2026. Un point à anticiper, donc, au moment de la signature ou du renouvellement.
Dans la pratique, les baux commerciaux exigent fréquemment un dépôt de garantie équivalent à trois mois de loyer — une somme parfois bien plus élevée pour les locaux les mieux situés, qui immobilise une part importante de la trésorerie au moment de l’installation.
La loi instaure un plafond clair : le dépôt de garantie ne peut excéder un trimestre de loyer. Ce plafond ne vise pas que le dépôt classique : il s’étend à l’ensemble des biens, titres, engagements et garanties de toute nature réclamés au locataire pour assurer la bonne exécution du bail.
À qui s’applique cette mesure ? Aux baux nouvellement conclus ou renouvelés.
Combien de fois un exploitant qui quitte les lieux a-t-il dû patienter, sans délai légal opposable, pour récupérer son dépôt de garantie ? La loi met fin à cette incertitude.
Le bailleur dispose désormais d’un délai de 3 mois pour restituer le dépôt de garantie, décompté à partir de la remise des clés — soit en main propre, soit par lettre recommandée avec accusé de réception, au bailleur ou à son mandataire. Pour les autres garanties éventuelles, le délai est porté à 6 mois.
Cette règle s’applique aux baux en cours d’exécution au 26 mai 2026 lorsque la remise des clés intervient après le 26 août 2026.
La loi clarifie aussi une situation jusqu’ici source de litiges : la mutation du local (vente, donation, succession). Désormais, l’obligation de restituer le dépôt de garantie est transmise au nouveau bailleur. Auparavant, elle restait à la charge du bailleur qui avait initialement encaissé la somme — ce qui compliquait sérieusement la récupération du dépôt par le locataire.
Cette mutation entraîne deux conséquences :
À qui s’applique cette mesure ?
Aux mutations intervenant à compter du 26 août 2026, soit trois mois après la promulgation de la loi.
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En résumé : qui est concerné et à partir de quand ?
| Mesure | Baux concernés | Date d’effet |
|---|---|---|
| Paiement mensuel du loyer | Baux en cours et baux conclus / renouvelés | 26 mai 2026 |
| Clause d’indexation « tunnel » | Baux conclus ou renouvelés | 26 mai 2026 |
| Plafonnement du dépôt de garantie (1 trimestre) | Baux conclus ou renouvelés | 26 mai 2026 |
| Délai de restitution du dépôt (3 mois) | Baux en cours, clés remises après le 26 août 2026 | 26 août 2026 |
| Transmission de l’obligation de restitution (mutation) | Mutations (vente, donation, succession) | 26 août 2026 |
Au-delà de la technique juridique, cette réforme a des effets très concrets sur les opérations de cession et de reprise de fonds de commerce dans l’hôtellerie-restauration.
Pour le repreneur (acheteur). La mensualisation du loyer allège la pression sur la trésorerie des premiers mois d’exploitation — une phase souvent critique. Le plafonnement du dépôt de garantie réduit l’apport à mobiliser au démarrage. Et la clause « tunnel » offre une meilleure prévisibilité du loyer sur la durée du bail.
Pour le cédant (vendeur). Un bail conforme aux nouvelles règles, lisible et sécurisant, devient un argument de valorisation : il rassure le repreneur et fluidifie la négociation. À l’inverse, un bail aux conditions financières lourdes ou aux clauses d’indexation déséquilibrées peut désormais paraître daté.
Le conseil à retenir : au moment d’une acquisition ou d’une cession, le bail commercial mérite une relecture attentive à la lumière de ces nouvelles dispositions. C’est précisément l’un des points sur lesquels un accompagnement spécialisé fait la différence.
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